Vers l’harmonisation et la coordination des systèmes d’information sur les marchés du trav
La Déclaration de Ouagadougou de 2004 et son Plan d’action pour la promotion de l’emploi et l’éradication de la pauvreté en Afrique mettent un accent particulier sur les systèmes d’information sur les marchés du travail (SIMT ou LMIS pour le sigle anglais). L’amélioration de la collecte et de l’analyse des données de même que les SIMT figurent parmi les recommandations principales du Plan d’action et s’insèrent dans une stratégie pour « la création et mise à jour permanente des bases de données nationales sur l’emploi et la pauvreté » et la promotion de la « recherche, collecte des données et analyse statistique dans les domaines de l’emploi et de la réduction de la pauvreté » . Le Cadre de politique sociale pour l’Afrique adopté par l’Union africaine en 2008 place également l’élaboration de SIMT « effectifs et fonctionnels » parmi ses recommandations en matière de travail et d’emploi. Cette priorité a été réaffirmée dans le Plan d’action du partenariat MME pour la période 2011-2013 sous la forme de l’initiative « Gouvernance du marché du travail et renforcement des capacités » qui a pour objectifs « l’harmonisation et la coordination » des SIMT.
Toutefois, les États africains se heurtent à de sérieuses difficultés dans ce domaine principalement liées à la place prépondérante du secteur informel dans leurs économies. Les problèmes de financement grèvent eux aussi la mise en place des SIMT. Les autres faiblesses identifiées par la Commission de l’Union africaine (CUA) lors d’une consultation récente ont trait à la production de données relatives au marché du travail, à la définition de normes statistiques et du contrôle qualité, à la création d’un répertoire des entreprises ou encore à l’analyse des données et à leur potentiel d’utilisation pour l’action politique. Enfin, la communication et la coordination entre les différentes parties prenantes y compris fournisseurs et utilisateurs d’information sur le marché du travail sont également problématiques. En outre, les efforts nationaux complémentaires déployés sont dépourvus de toute coordination ou harmonisation, ce qui rend impossible toute comparaison à l’échelle régionale ou du continent.
Le projet « Harmonisation et coordination des systèmes d’information sur les marchés du travail » (LMIS/CHP) de la CUA
Forte de ces constatations, la Commission de l’Union africaine a élaboré un projet intitulé « Cadre pour l’harmonisation et la coordination des systèmes d’information des marchés du travail » (LMIS/CHP). Ce projet qui a été au cœur des débats de la Réunion ministérielle d’avril 2011 de la 8ème session de la Commission du travail et des affaires sociales (CTAS) de l’Union africaine poursuit les objectifs suivants : (i) définir la liste d’indicateurs clés sur le travail et l’emploi demandée dans le cadre du suivi du Plan d’action de Ouagadougou de 2004, (ii) promouvoir l’harmonisation, la coordination et la cohésion des systèmes de collecte, de traitement, d’analyse et de diffusion des données sur l’emploi à tous les niveaux, (iii) garantir la production régulière de statistiques harmonisées et coordonnées telles que définies au point (i), (iv) améliorer la connaissance et l’accès à des données fiables, financièrement abordables et exactes pour toutes les parties prenantes et (v) renforcer les capacités techniques et institutionnelles des États membres en matière de SIMT. Dans le cadre du projet, la CUA, soutenue par le bureau régional du PNUD pour l’Afrique de l’Ouest à Dakar, a déjà élaboré une liste minimale d’indicateurs sur le travail, l’emploi et la formation technique et professionnelle (TVET) ainsi qu’un Plan d’action pour la production de statistiques harmonisées sur l’emploi. Le Comité de pilotage du projet se compose de la CUA, de la CEA, de la BAD ainsi que de représentants des divers Instituts nationaux de statistiques, d’AFRISTAT et de partenaires tels qu’EUROSTAT, l’OIT et le PNUD.
L’expérience d’AFRISTAT
Depuis sa création, AFRISTAT s’est forgée une expérience considérable en matière de soutien à l’élaboration des SIMT avant tout au travers du projet « LMIS-AFRISTAT », un projet soutenu par la Fondation pour le renforcement des capacités en Afrique (ACBF) et déployé dans plusieurs pays : Cameroun, Mali, Nigeria, Ouganda et Zambie. Lancé en 2004, son objectif est de remédier à la situation catastrophique des statistiques sur le marché du travail dans les pays cibles, où « les seules données disponibles sont rares, éparses, hétérogènes et ne répondent à aucune norme en matière de définitions ou de concepts ». Le projet qui se situe actuellement dans sa deuxième phase de mise en œuvre (2009-2012) vise donc à améliorer l’information relative au marché du travail et à renforcer les systèmes d’observation de la pauvreté dans le but de produire les données nécessaires à la formulation et à l’évaluation des politiques publiques par le biais du renforcement des capacités des gouvernements, partenaires sociaux et institutions nationales des pays bénéficiaires en matière de collecte, d’analyse et de diffusion régulières des données relatives au marché du travail.
AFRISTAT participe également au projet RECAP, un projet financé par la Commission européenne et qui vise à renforcer les capacités de production et d’analyse des indicateurs du travail décent dans plusieurs pays d’Amérique Latine et d’Afrique de l’Ouest dont le Bénin, le Burkina Faso, le Mali et le Sénégal. Le projet qui se déroule sur trois ans (2010-2013) est mis en œuvre par le Centre international de formation de l’OIT et entend contribuer au renforcement des SIMT en tant qu’outils pour la formulation et le suivi des politiques publiques de promotion du travail décent. Il prévoit la participation de parties prenantes clés dans les pays bénéficiaires comme les services publics de l’emploi et de la protection sociale, les instituts de statistiques, les observatoires nationaux pour l’emploi, les centres nationaux de recherche et les partenaires sociaux.
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