You are here

Entretien avec Emmanuel BOMBANDE, directeur exécutif de WANEP régional, à propos du 2ème Forum des organisations de la société civile d’Afrique et d’Europe.

Date de publication: 
12/11/2013

« La société civile doit prendre les choses en mains pour se faire entendre au sein du Partenariat Afrique-UE »

Emmanuel Bombande, vous avez participé au 2ème Forum de la société civile Afrique-Europe. Comment voyez-vous le rôle de ce Forum ?

La dimension humaine doit être au cœur des relations Afrique-UE. Je ne vois pas comment on peut parler de partenariat si on n’y intègre pas un partenaire clé comme la société civile qui représente les hommes et les femmes des deux continents.
En Afrique, le rôle de la société civile est reconnu à travers l’ECOSOCC, le Conseil économique social et culturel de l’Union africaine. Mais les propositions visant à supprimer les groupes d’experts et les seuls autres espaces conjoints de la JAES où la société civile a l’occasion d’être active, risquent de nous marginaliser. Je pense que la société civile, au lieu de rester les bras croisés à attendre que les politiques lui accordent un espace, doit elle-même s’organiser pour se faire entendre et faire comprendre tous les avantages qu’elle peut apporter au Partenariat Afrique-UE en termes d’expertise et de connaissances du terrain.

Quel est peut être concrètement ce rôle des OSC au sein de la JAES?

Un exemple. Cette semaine, les quinze Etats membres de la CEDEAO sont réunis à Abidjan pour discuter des systèmes d’alerte précoce pour la prévention des conflits. Un cadre de prévention existe déjà au niveau régional et il s’agit maintenant d’en créer au niveau de chaque Etat. La société civile participe à ces travaux et mon organisation, WANEP, y apporte son expertise de terrain. Notre rôle ne se limite donc pas à donner notre avis une fois les décisions prises par les leaders politiques. Nous sommes associés dès le début à l’élaboration du projet et nous faisons entendre les voix des populations concernées. C’est ce qui fait la différence.   

Que pensez-vous de la proposition de fusionner le Partenariat lié à la paix et la sécurité avec celui consacré à la démocratie, la gouvernance et l’état de droit ?

Je ne suis pas partisan d’une telle fusion même s’il existe d’évidentes connexions entre les deux. Nous devons être très clairs dans nos priorités. Aujourd’hui, il s’agit de faire face à de nouveaux dangers comme l’extrémisme fondamentaliste. Nous devons nous concentrer à 100% sur cette menace pour la paix et la sécurité et ne pas tout mêler. Cela n’exclut pas de renforcer des passerelles avec le partenariat lié à démocratie et la gouvernance.

Etes vous d’accord avec ceux qui disent que la Paix et la sécurité est l’un des huit partenariats thématiques Afrique-UE qui a engrangé le plus de succès à ce jour ?  

Je partage cette opinion.  L’UE s’est beaucoup investie pour appuyer l’Afrique au niveau des réponses militaires en termes de capacités, logistiques, financements de missions de paix. Mais cet argent a été utilisé pour réagir militairement, après le déclenchement d’une crise et non pour la prévenir. Des actions permanentes s’imposent pour encourager le dialogue au sein des populations et pour empêcher les jeunes de devenir extrémistes. C’est ce qui aurait dû être fait au Mali par exemple, pour empêcher la crise de dégénérer. Il faut à tout prix s’investir dans la prévention des crises et l’objectif de sécurité humaine.
On ne peut pas tout attendre des gouvernements. La société civile joue un rôle essentiel en matière de prévention et d’éducation à la paix. WANEP a, entre autres, beaucoup travaillé avec les femmes qui font les marchés. Une d’elle, à Monrovia, m’a raconté qu’elle avait vu à l’époque des jeunes acheter des cigarettes, non par paquet, mais par cartouches, et du sucre par sacs de 10 à 20kg. C’était un signal qu’une guerre était en train de se préparer. Les femmes ont un rôle essentiel au niveau de la prévention. Dans le cadre du partenariat Paix et sécurité, les OSC peuvent contribuer à l’élaboration de programmes d’éducation à la paix auprès des jeunes et des étudiants et de mécanismes visant à désamorcer les situations conflictuelles.

Avez-vous eu déjà l’occasion de partager vos expériences dans le cadre du Partenariat Afrique-UE ?

Un jour, nous avons été avertis qu’une délégation de la Commission européenne venait à Bamako pour rencontrer la Commission Dialogue, Vérité et Réconciliation. WANEP a pu avoir des contacts avec la délégation européenne et celle-ci a apprécié notre travail. Il faudrait augmenter ce genre d’échanges.